Lettre ouverte à François Hollande

Monsieur le président, je vous fais une lettre, que vous ne lirez sans doute pas, car vous n’avez pas le temps et je n’ai pas la visibilité nécessaire pour qu’elle vous parvienne.

Vous nous avez offert un beau spectacle hier, durant la « marche républicaine », fort de votre « unité nationale ». On vous a bien vu, vous et vos confrères, vous nous avez bien donné à voir votre attachement à la liberté d’expression. Et quelle victoire cela nous a-t-il apporté ? Aucune. Mais vous ne faites que commencer à travailler sur le problème, je comprends bien. Et c’est ça qui me fait peur. Je ne sais pas ce que vous avez l’intention de faire, mais j’entends ce que beaucoup aimeraient vous voir faire. Et je me permets de vous avertir, sans aucune humilité, car je sais que vous ne me lirez pas. Vous ne satisferez pas les foudres de guerre, quelque soit la dureté de votre réaction. Vous ne serez jamais assez autoritaire, inflexible, puissant. Alors, à défaut, soyez surprenant.
Au lieu de donner la main à Merkel et Cameron, présentant ainsi une cible plus grande encore à la haine dont nous sommes l’objet, pourquoi ne pas la donner au grand Imam de France ? Comment supporter dans cette mascarade d’hommage à Charlie la présence de dirigeants farouchement liberticides, représentants d’Israël, de Russie, de Turquie, pour ne citer qu’eux… Au lieu de nous montrer comme un peuple uni dans ses privilèges, et sûr de son bon droit, reconnaissons, avec vous en tête, nos erreurs, admettons que nous avons créé, armé les terroristes, par notre refus d’admettre que le monde a changé, qu’il ne nous appartient plus, par notre incapacité pathétique à intégrer sans arrière-pensée les communautés qui composent notre nouvelle société.
Cherchons des améliorations, pas des coupables. Répondons à la violence par la paix. Désarmons la France. Cessons l’ingérence et le colonialisme déguisé. Donnez à nos soldats des pelles pour creuser des puits et des briques pour construire des écoles. Nous apparaîtrons faibles, vulnérables ? Il ne semble pas que notre force nous ait protégé mercredi dernier. Et si nous sommes les premiers à baisser les armes, peut-être ne serons-nous pas les derniers.
N’écoutez pas ceux qui voudraient vous voir renforcer encore les lois de haine et d’exclusion, ne cédez pas a la tentation de surenchérir sur ceux qui jubilent de voir notre pays plongé dans la peur et la haine. Si vous voulez rendre hommage à Charlie hebdo, faites en sorte de ne pas vous faire aimer par des cons. Virez Mr Sarkozy* et prenez un musulman comme premier ministre. On vous attend au tournant ? Ne soyez pas au tournant.
La France est un pays laïc, paraît-il, il serait temps qu’elle cesse de se trouver des prétextes pour nuire aux religions dont le faciès ne lui revient pas. Laissez les jeunes filles porter le voile à l’école, et félicitez vous de les savoir voilées à l’école plutôt que les cheveux découverts, enfermées à la maison. Supprimez le lundi de Pâques et le jeudi de l’Ascension et célébrons tous ensemble l’Aid-el-Kebir et le Yom Kippour. Ou mieux, pour ne vexer personne, supprimons tous les fériés et célébrons la naissance d’Albert Schweitzer, le solstice d’hiver et la nuit des tomates farcies**.
Vous nous parlez d’une guerre à notre encontre, menée par une armée de fantômes qui nous prennent par surprise. Mais en face de nous, il n’y a qu’une poignée de généraux pour une multitude de soldats. Ces soldats seraient-ils aussi prompts à nous attaquer s’ils se sentaient nos frères ? Si nous les traitions, pour paraphraser Julos Beaucarne, par l’amour et l’amitié et la persuasion ? Privons ces généraux de leurs soldats, et nous verrons s’ils enfileront les vestes d’explosifs pour jouer les kamikazes à leur place.
Je vous laisse, monsieur le président, à vos réunions de crise et à vos déclarations solennelles. Je retourne à mes petits textes et mes petits dessins, le cœur un peu plus léger de vous avoir dit tout cela, mais l’âme lourde de pressentiments pour les jours à venir.
P.S. : Et si vous pouviez faire quelque chose pour le prix des péages autoroutiers, ce serait très apprécié.
* Pardon, il fallait lire « Mr Valls ».
** C’est un exemple.